Navire-Hôpital "CANADA"

LELIEVRE
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Navire-Hôpital "CANADA"

Messagepar LELIEVRE » 14 Juin 2017, 12:16

Bonjour à tous,
Mon père Raymond Lelievre était embarqué comme matelot mécanicien sur le Navire-Hôpital "CANADA" d' aout 1940 à mars 1941. Durant l'été et l'automne 1940 le "CANADA" a effectué 2 missions en Angleterre pour assurer le rapatriement des marins qui y étaient internés. La 1ere mission a eu lieu au départ de Toulon le 23 aout 1940 et retour à Marseille le 6 octobre 1940. Le Navire-hôpital "SPHINX" a navigué de conserve avec le "CANADA" pour cette rotation.
Le "Canada" est reparti seul le 29 octobre et retour fin novembre 1940
Je remercie les membres du forum qui pourraient m'apporter des précisions sur ces mouvements et qui enrichiraient un récit biographique de la vie de mon père à cette époque
Bien cordialement
Serge Lelievre

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capu.rossu
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Re: Navire-Hôpital "CANADA"

Messagepar capu.rossu » 14 Juin 2017, 12:50

Bonjour Serge,

23/08/1940 : appareille de Toulon avec le Sphinx. L’état des machines du Canada oblige le groupe à naviguer à 10 nds.
26/08/1940 : escale à Gibraltar.
31/08/1940 : 18h30, franchissement du barrage de la Clyde et mouillage à Greenock. Malgré l’accord entre les gouvernements britanniques et français, les autorités locales n’ont pas été prévenues de l’arrivée des deux navires hôpitaux. De ce fait les rapports entre les officiers français et les fonctionnaires britanniques sont tendus. Ces derniers font bien sentir que la présence française est indésirable et même suspecte. En attendant, ils consignent les équipages à bord.
04/09/1940 : appareillage pour Liverpool.
05/09/1940 arrivée à Liverpool sous une attaque aérienne. Il y en aura soixante durant tout le séjour.
Bien que certaines bombes tomberont à une centaine de mètres des deux navires, le seul dégât sera l’ouverture d’un maillon de la chaîne d’ancre du Canada par une bombe tombée encore plus près. Les rapports avec les autorités locales ne sont pas meilleurs qu’à Greenock. Une garde armée sera imposée aux commandants et mettra les postes TSF sous scellés. Les équipages sont consignés à bord et le ravitaillement ne pourra se faire que par l’intermédiaire des shipschandlers en devise anglaise.
07/09/1940 : un officier de liaison, le sub-lieutenant Anderson est nommé et donne aux commandants les premiers renseignements concernant leur mission de rapatriement et les conditions de vie des marins à rapatrier.
12/09/1940 : visite très courtoise de trois officiers gaulliste puis de quelques officiers des camps dont le contre-amiral de Portzamparc et le commissaire général Borius. Beaucoup de ces français sont las et découragés. Ils sont heureux de pouvoir communiquer avec des Français venus de France et de recevoir des nouvelles non suspectes de propagande.
13/09/1940 : visite des deux commandants et des deux médecins-chefs à l’Amirauté. L’amiral Watkins, commandant des camps, et le médecin-chef français Le Cam leur annonce le rapatriement de 2491 hommes dont 800 couchés qui seront répartis 1423 sur le Sphinx et 1068 sur le Canada.
18/09/1940 : malgré une administration toujours aussi tatillonne, les embarquements sont achevés. L’amiral Watkins et Lord Derby convient les officiers français et plusieurs officiers internés à une réception d’adieu à l’hôtel Aldephi. Lord Derby fait livrer des fleurs aux infirmières tandis que Lord Deessebourg fait distribuer aux marins rapatriés 80.000 cigarettes « en souvenir de l’amitié franco-anglaise ».
19/09/1940 : les deux navires vont mouiller à ‘embouchure de la rivière Mersey en attendant le sauf-conduit des autorités allemandes.
21/09/1940 : 9h00, appareillage pour Belfast afin d’éloigner les navires des bombardements de la Luftwaffe.
24/09/1940 : l’amiral Muselier, commandant en chef des FNFL, informe les deux commandants que les Commissions d’armistice sont prévenues du prochain départ et que l’Amirauté de Vichy estime le départ possible à partir du 25.
25/09/1940 : 20h00, appareillage du Canada. Le Sphinx n’appareillera que le lendemain après 0h00.
07/10/1940 : arrivée du Canada à Toulon après escale à Gibraltar, Oran et Marseille.
10/1940 : en réparations à Toulon.
27/11/1940 : arrivée à Marseille.


@+
Alain

LELIEVRE
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Re: Navire-Hôpital "CANADA"

Messagepar LELIEVRE » 14 Juin 2017, 18:12

Bonjour capu rossu

Merci pour ce rapport concernant le "CANADA". En fait il est reparti le 29 octobre et était de retour à Marseille le 27 novembre. Je possède les rapports

de mission du Cdt Fournié mais je "galère" avec l'informatique pour vous les transmettre. Je reverrai celà prochainement.

Bien cordialement

Serge Lelievre

LELIEVRE
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Re: Navire-Hôpital "CANADA"

Messagepar LELIEVRE » 31 Juil 2017, 17:50

Bonjour Capu Rossu,
Alain,

Comme promis voici pour info et servir éventuellement d'autres internautes le rapport du Cdt Fournié concernant la 2e mission du Navire-Hôpital Canada :
Bien cordialement
Serge Lelievre

Conformément aux ordres reçus nous quittons la rade de Toulon le 29/10/1940.

La déneutralisation datant seulement de la veille, les compas furent l'objet d'une surveillance assidue et par la suite ne nous ont pas occasionné de sérieuses inquiétudes au cours de ce voyage.

Le 1/11 de 9h à 9h30 stoppé devant la baie de Rosia à Gibraltar pour recevoir les instructions de route des autorités britanniques. Ces instructions sont identiques à celles émanant de l'amirauté française y compris la modification apportée par la radio du 30/10. La distance à parcourir pour atteindre Liverpool est de 1865 miles.

Au départ de Gibraltar, croisé le Renown escorté de 3 torpilleurs se dirigeant à grande allure vers le mouillage. Dans le milieu du détroit le Ramilliès ainsi que 4 torpilleurs venant de l'ouest.

Le 7/11 en pénétrant dans le canal du Nord l'Argus flanqué d'un croiseur léger et 2 torpilleurs se dirigeant à toute vitesse vers l'océan. A 17h, le même jour en mer d'Irlande un cuirassé de la classe Warspite.

Le 8/11 à 11h mouillé dans la Mersey. L'aspect extérieur de Liverpool , Birkenhead et Brighton ne parait pas modifié depuis notre dernier passage.

Cependant la veille le Roi et la Reine ont rendu visite aux sinistrés de Birkenhead dont un quartier a été entièrement détruit au cours d'un bombardement aérien. Le barrage de ballons a été considérablement accru et nous en compterons plus de 110.

Lieutenant Anderson officier de liaison apporte le programme de notre séjour qui doit prendre fin en principe le 12/11 après l'embarquement de 1045 passagers. La douane appose les scellés comme à l'ordinaire, la défense absolue de descendre à terre est maintenue , mais contrairement à ce qui s'était passé antérieurement , la garde armée est sous les ordres du lieutenant Alsterkié défavorablement connu par nos officiers internés et qui se livrera à une propagande effrénée pour le parti de De Gaulle.

Amarrés dans les docks Huskisson, le même jour à la nuit nous commençons dès le lendemain l'embarquement de 300 tonnes de charbon et recevons 75 passagers dont 12 officiers provenant de l'ile de Man. Parmi eux :
Le Capitaine de Frégate Cusset du Paris,
Le Caoitaine de Corvette de l'Ouragan,
Lieutenant de Vaisseau Vichot Cdt l'Orion.
Ce seront les 1ers rapatriés du groupe de 200 qui se trouvent dans cette ile. Logés dans des hôtels, ils ne doivent pas s'éloigner de plus de cinq milles de leur habitation et ne peuvent correspondre entr'eux.
Cette situation ne nous permettra donc pas de pouvoir correspondre avec nos amis, pas davantage du reste avec le Consul de France, qui n'est pas autorisé à monter à bord.

Le lendemain 10/11 l'embarquement se poursuit et le 11 nous accostons le Prince Stage pour prendre le reliquat de nos passagers et aller mouiller dans la Mersey dès qu'il sera terminé.

Le même jour entraient au port, Massilia, Djenné, Winipeg et San Francisco. Déjà sur les 2 derniers courait le bruit, propagés par des officiers anglais qu'ils s'étaient dirigés sur les Antilles par crainte d'être pris par les Britanniques.

Etant au mouillage, nous subirons un coup de vent au cours duquel le baromètre baissera jusqu'à 717m/m.

Le Massilia ayant cassé ses 2 chaines et l'autorisation d'entrer aux docks lui étant refusée sera contraint de prendre la mer jusqu'au lendemain. Deux autres navires seront en difficulté et nous-même constaterons lors de l'appareillage qu'une maille du 3e maillon est ouverte.

Convoqué le 12 par l'amiral Watkins , nous devons nous tenir prêts à appareiller dans la journée du 14. Aucun courrier ne me sera confié.

L'ordre de départ m'est communiqué le 13 dans la soirée ainsi que les instructions de route qui n'apportent aucun changement sur la traversée aller

Quitté Liverpool le 14/11 à 11h avec 1046 passagers . A 22h30 , à la hauteur de Belfast , je recevais du Cdt en Chef des Forces de l'Ouest le radio suivant :
"Si vous n'avez pas encore rencontré un destroryer anglais dirigez-vous vers la Clyde sans délai et attendez de nouveaux ordres" Ce message était répété par Belfast et un patrouilleur.

A 23h30 réglé route et allure pour atteindre la Clyde au jour. Mouillé en rade de Gourock le 15/11 à 9h50.

Ce n'est que le lendemain que je serai avisé de me rendre au contrôle naval. Ma demande de fourniture d'eau restait sans réponse.

C'est en me rendant à la convocation le 17/11 à 9h45 que j'étais témoin de l'accident survenu à notre baleinière au cours d'un exercice à la voile.

L'approvisionnement en eau potable peut m'être accordé sous condition de rester jusqu'au lendemain et dès ce moment il faudra attendre une nouvelle confirmation du sauf -conduit.

il nous reste 680 tonnes, les difficultés ne font aucun doute mais ne peuvent égaler celles qui découleraient d'un séjour prolongé en Angleterre.

Nous avons quitté Gourock le 17/11 à 14h. Sur rade nous laissions, le paquebot Pasteur arborant cette fois-çi un miniscule pavillon français en tête du grand mât et le paquebot polonais Piluski ex affrété des Cies Fabre et Frayssinet.

Le 18/11 à 4h45 ressenti une violente secousse suivie peu après de 3 autres et enfin d'une 5e . Diminué l'allure, effectué une ronde générale et constatant que les cales étaient sèches remis en route à 5h15 en concluant que nous nous étions trouvés dans le voisinage immédiat d'un bombardement ou d'un grenadage. La rencontre d'un destroyer anglais une heure plus tôt pouvant confirmer cette hypothése.

Le 22/11 à 13h un torpilleur d'apparence britannique nous signalait de stopper nous permettant de continuer notre route cinq minutes après avoir exécuté l'ordre

Après avoir échangé des signaux de reconnaissance avec Gibraltar, nous passions devant la pointe de l'Europe le 23/11 à 15h30. Aperçu dans le port militaire 2 cuirassés, un porte-avion et plusieurs torpilleurs.

L'existant en charbon et eau au départ de Gourock ne nous permettait pas d'envisager avec certitude une traversée sans escale.

Partis de Toulon avec 16 chauffeurs et mécaniciens en moins que l'effectif réglementaire nous avons pu aisément les remplacer par des passagers bénévoles et volontaires.

C'est en majeure partie des hommes du Meknès auxquels nous devons d'avoir pu dépasser la vitesse de 12 noeuds.

Nous arrivons néanmoins avec 120 tonnes de charbon et 180 tonnes d'eau et c'est la raison pour laquelle nous en avions un besoin urgent.
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